La conjugaison fait partie de ces apprentissages qui paraissent arides vus de loin : des tableaux, des terminaisons, des verbes « irréguliers ». Vue de près, elle est beaucoup plus régulière qu’on ne le croit. Le programme de l’école primaire la construit dans un ordre précis, une classe après l’autre, et le CE2 y occupe une place charnière : c’est l’année où les verbes les plus fréquents de la langue, ceux qui ne suivent pas le modèle de « chanter », entrent au programme.

Cet article s’appuie sur les programmes en vigueur : celui du cycle 2 (CP, CE1, CE2), fixé par l’arrêté du 22 octobre 2024, et celui du cycle 3 (CM1, CM2, 6e), fixé par l’arrêté du 10 avril 2025.

Ce qui vient avant : le CP et le CE1

Au CP, la conjugaison se limite à être et avoir au présent. L’essentiel de l’année est consacré à apprendre à lire.

Le CE1 pose les fondations. L’enfant apprend à conjuguer, dans cet ordre, au présent, à l’imparfait, au futur, puis au passé composé de l’indicatif. Les verbes concernés sont être, avoir et les verbes du premier groupe, ceux en -er comme chanter, jouer ou parler. Il apprend aussi à repérer, dans un verbe conjugué, le radical et la terminaison, et à retrouver l’infinitif : « ils plieront », « tu as plié », « vous pliez », c’est toujours le verbe plier.

Ce dernier point compte beaucoup. Un enfant qui sait isoler « chant- » dans « nous chantions » a compris que la conjugaison consiste à changer la fin du mot, et que cette fin obéit à des règles.

Ce que demande le programme du CE2

Le CE2 garde les mêmes quatre temps : présent, imparfait, futur et passé composé de l’indicatif. Il garde être, avoir et le premier groupe. Il ajoute huit verbes irréguliers du troisième groupe, que le programme nomme explicitement :

  • faire
  • aller
  • dire
  • venir
  • pouvoir
  • voir
  • vouloir
  • prendre

Ce choix n’est pas arbitraire. Ce sont des verbes que l’enfant emploie dix fois par jour à l’oral, et qu’il rencontre dans presque tous les textes. Les savoir écrire est indispensable pour rédiger la moindre phrase.

Le programme demande aussi d’identifier le radical et la terminaison des verbes étudiés et de trouver leur infinitif, de repérer le lien entre le sujet et le verbe, et d’orthographier correctement ces formes en dictée et en rédaction. Les exemples donnés sont simples : transformer « je joue au ballon » en « les enfants jouent au ballon », puis en « nous avons joué au ballon », et observer ce qui change.

Et après : le CM1 et le CM2

Savoir où l’on va aide à ne pas tout exiger trop tôt.

Classe Temps Verbes
CP présent être, avoir
CE1 présent, imparfait, futur, passé composé être, avoir, premier groupe
CE2 les mêmes + faire, aller, dire, venir, pouvoir, voir, vouloir, prendre
CM1 les mêmes + deuxième groupe (finir, choisir…)
CM2 passé simple, plus-que-parfait les mêmes

Au CM1, le deuxième groupe arrive, celui de finir (« nous finissons »). L’enfant apprend à distinguer, dans la terminaison, la marque du temps et la marque de la personne : le -ai- et le -i- de l’imparfait, le -r- du futur. Il étudie aussi les verbes du premier groupe dont le radical change, comme manger (« nous mangeons ») ou appeler (« j’appelle »).

Au CM2 viennent le passé simple et le plus-que-parfait, pour les mêmes verbes. L’impératif et le conditionnel présent sont pour la 6e.

Comment s’apprend la conjugaison

Les régularités d’abord

La conjugaison française est plus régulière qu’il n’y paraît. Le programme du cycle 3 le dit clairement : elle doit être comprise dans ses principes et ses régularités, et les cas les plus simples sont rencontrés et maîtrisés avant les autres.

Quelques régularités valent la peine d’être montrées tôt :

  • avec « tu », le verbe se termine presque toujours par -s (tu chantes, tu finis, tu étais, tu chanteras) ;
  • avec « nous », presque toujours par -ons ; avec « vous », presque toujours par -ez ;
  • avec « ils » et « elles », par -nt (ils chantent, ils chantaient, ils chanteront) ;
  • les terminaisons de l’imparfait (-ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient) sont les mêmes pour tous les verbes ;
  • le futur se reconnaît à un -r- avant la terminaison (je chanterai, je ferai, je viendrai).

Une fois ces repères posés, un verbe irrégulier n’apparaît plus comme une exception totale : seul son radical surprend.

Les terminaisons par personne

Plutôt que de faire réciter un verbe entier de « je » à « ils », il est souvent plus efficace de travailler une personne à la fois sur plusieurs verbes : « tu chantes, tu joues, tu fais, tu vas, tu dis ». L’enfant voit le -s revenir. C’est d’ailleurs ce que le programme demande au cycle 3 : mémoriser les marques de personne des verbes les plus fréquents.

L’oral avant l’écrit

Un enfant de CE2 sait déjà dire « nous allions » ou « vous ferez ». Il conjugue juste à l’oral bien avant de savoir l’écrire. Partir de ce qu’il dit, puis lui montrer comment cela s’écrit, est plus facile que de partir d’un tableau. Le programme lui-même procède ainsi : il fait observer les transformations d’une phrase, d’abord à l’oral, puis à l’écrit.

Peu, mais souvent

La conjugaison s’automatise par la répétition. Cinq à dix minutes par jour valent mieux qu’une longue séance par semaine. L’objectif est que la forme vienne seule au moment d’écrire, sans que l’enfant ait à reconstruire le tableau dans sa tête.

Les erreurs à prévoir

Ces erreurs sont normales au CE2. Les connaître permet de les corriger sans s’inquiéter.

Tu chantes, il chante

À l’oral, « tu chantes » et « il chante » se prononcent pareil. L’enfant doit donc se souvenir du -s de « tu » sans l’entendre. Il écrit souvent « tu chante » ou, à l’inverse, « il chantes ». Le repère « avec tu, un s » règle la plupart des cas.

Le -ent muet de « ils chantent »

« Ils chantent » se prononce comme « il chante ». Le -ent ne s’entend pas, et c’est précisément pour cela qu’il est oublié. Inversement, certains enfants écrivent « ils chantents » ou mettent un -ent à un nom (« des chaisent »). Le programme du cycle 3 propose d’ailleurs de distinguer les variations du verbe de celles du nom, avec un exemple parlant : « il élève, elles élèvent » face à « une élève, des élèves ».

Les irréguliers « régularisés »

Un enfant qui a bien compris les règles les applique partout : « vous faisez », « vous disez », « ils faisent », « je prendrai » écrit « je prenderai ». C’est une erreur intelligente, qui montre que la règle est acquise. Il reste à retenir les formes particulières : vous faites, vous dites, ils font, ils vont, ils prennent.

Je peux, il veut

Pouvoir et vouloir se terminent par -x avec « je » et « tu » (je peux, tu veux), et par -t avec « il » (il peut, il veut). C’est l’une des rares vraies exceptions au -s de « tu ».

Le passé composé

Le passé composé a deux morceaux : l’auxiliaire et le participe. L’enfant oublie parfois l’auxiliaire (« je mangé »), ou confond le participe et l’infinitif : « il a chanter » au lieu de « il a chanté ». Remplacer par un verbe du troisième groupe aide : on dit « il a pris », pas « il a prendre », donc c’est « il a chanté ».

À la maison, en dix minutes

  • Changer la personne. Vous dites une phrase courte : « Je mange une pomme. » L’enfant la reprend avec « nous », puis avec « ils », puis avec « tu ». Ensuite, il l’écrit.
  • Changer le temps. La même phrase, hier (« je mangeais », « j’ai mangé ») et demain (« je mangerai »). Le passage du présent au futur fait apparaître le -r-.
  • Le jeu du verbe du jour. Un verbe parmi les huit irréguliers, chaque matin. Il faut l’employer dans trois phrases dans la journée, à l’oral, puis en écrire une le soir.
  • La chasse au -nt. Dans un texte qu’il lit, l’enfant cherche les verbes conjugués avec « ils » ou « elles » et souligne le -nt muet.
  • Raconter sa journée au passé composé. « Ce matin, j’ai pris le bus, j’ai vu Léa. » Puis il écrit deux phrases.
  • Dicter une ou deux phrases courtes, en lui laissant le temps de se relire et de vérifier les terminaisons.

Ce qu’il vaut mieux éviter

  • Faire réciter des tableaux entiers sans les employer. Un verbe récité de « je » à « ils » ne se retrouve pas toujours au moment d’écrire une phrase.
  • Tout exiger en même temps. Le passé simple et le deuxième groupe ne sont pas au programme du CE2. Les rencontrer en lecture est utile ; les exiger à l’écrit, non.
  • Corriger chaque erreur à l’oral. « Vous faisez » dit par un enfant de sept ou huit ans se corrige en reformulant, sans en faire une leçon.
  • Négliger la relecture. Beaucoup d’erreurs de terminaison disparaissent quand l’enfant relit sa phrase en se demandant « qui fait l’action ? ».

Avec Zibou

Zibou propose un jeu de conjugaison, « Les verbes ». Le jeu affiche un verbe à l’infinitif et le temps demandé, et l’enfant choisit la bonne forme parmi quatre, chacune écrite avec son sujet (« je chante », « j’étais »). Les mauvaises réponses sont les confusions habituelles : la terminaison d’une autre personne, un autre temps, un auxiliaire oublié.

Au CE2, il propose les niveaux « Le futur », « L’imparfait », « Faire, aller, dire… au présent » et « Le passé composé ». Au CE1, « Être et avoir au présent », « Les verbes en -er au présent », « Le futur » et « L’imparfait ». Au CM1, « Le passé composé », « Les verbes comme finir » et « Futur et imparfait de faire, aller… ». Les verbes du premier groupe choisis n’ont pas de changement de radical, et le passé composé n’utilise que des verbes qui se conjuguent avec avoir.

Zibou est gratuit, sans publicité, et s’utilise sans créer de compte. Il n’y a pas de chronomètre : seul compte le nombre de bonnes réponses. L’enfant gagne des graines quand il persévère.